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Spécial Défense

Moscou prêt au compromis sur le Donbass

8 Décembre 2014 , Rédigé par Spécial Défense Publié dans #Ukraine, #Russie

Le président Vladimir Poutine ne rechercherait plus l’indépendance de Lougansk et Donetsk. Le chef du Kremlin cherche à sortir de la crise la tête haute. Un nouveau round de négociations doit s’ouvrir cette semaine à Minsk

Le Kremlin a-t-il renoncé à arracher le Donbass à l’Ukraine? «Vladimir Poutine a fait une croix sur le projet Novorossia», explique au Temps une source proche des responsables russes du «dossier Donbass». La «Nouvelle Russie» est une région historique de l’empire russe qui s’étendait du Sud de la Russie actuelle jusqu’à Odessa en passant par la Crimée. Aujourd’hui, Novorossia signifie relier la Crimée, déjà annexée par Moscou, à la frontière russe en ôtant à l’Ukraine tout son sud-est pour en faire un Etat indépendant. Or, la zone occupée aujourd’hui par les militaires pro-russes est bien en deçà des objectifs initiaux du Kremlin. «Il s’agit désormais d’arracher à Kiev une autonomie maximale des régions de Lougansk et de Donetsk, qui resteront au sein de l’Ukraine», poursuit la source.

Un nouveau round de négociations doit s’ouvrir cette semaine à Minsk, la capitale de la Biélorussie, entre Moscou, Kiev et des chefs séparatistes, sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en europe (OSCE). L’objectif étant d’arriver à un véritable cessez-le-feu, alors que les combats n’ont jamais réellement cessé et que le bilan humain approche les 5000 morts. Parmi les autres signes positifs, le redémarrage des livraisons de gaz russe à l’Ukraine (qui vient de s’acquitter d’une partie de sa dette envers Gazprom), ainsi que de charbon, dont Kiev manque cruellement, car le pays s’approvisionne habituellement dans le Donbass.

Des changements ont eu lieu à Moscou parmi les personnes en charge du «dossier Donbass». Le responsable de l’administration présidentielle russe en charge du dossier, Boris Rapoport, vient d’être remplacé, et son chef direct, Vladislav Sourkov, considéré comme le cerveau du projet «Nouvelle Russie», veille désormais à réamarrer les régions séparatistes à l’Ukraine, écrit le journal Novaïa Gazeta, citant plusieurs sources officielles.

Le départ de Boris Rapoport semble lié à l’incapacité de Moscou à placer les forces armées pro-russes dans le Donbass sous un commandement et une administration unique. Sur le terrain, des chefs de guerre continuent à se disputer l’aide russe, les zones contrôlées et manifestent des désaccords sur la stratégie à adopter face à l’Ukraine. A la mi-août, Vladislav Sourkov avait décidé le remplacement des principaux dirigeants séparatistes (de nationalité russe) par des hommes nés en Ukraine, mais les dissensions n’ont fait que croître depuis.

L’OTAN serait parvenu aux mêmes conclusions, selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Selon les services de renseignement de l’OTAN, Vladimir Poutine, déçu par les échecs militaires et par le chaos dans le Donbass, souhaite éviter une escalade supplémentaire du conflit et ne viserait pas l’indépendance des régions de Lougansk et de Donetsk.

La visite surprise du président français François Hollande à Moscou samedi suggère aussi un assouplissement de la position russe ou tout au moins la reprise du dialogue après les condamnations virulentes ces derniers jours du président Barack Obama et de la chancelière Angela Merkel à l’encontre du président russe. François Hollande est le premier chef d’Etat de cette envergure à visiter Moscou depuis la brusque dégradation des relations diplomatiques résultant de l’annexion de la Crimée en mars dernier. Même si les deux présidents n’ont exprimé que des propos très convenus à l’issue de leur entretien, la presse russe y voit le signal d’un apaisement possible.

«Poutine voulait discuter de guerre et de paix avec Obama et Merkel, mais cela n’a pas fonctionné, parce qu’ils ne veulent plus parler avec lui, analyse le politologue Stanislav Belkovsky. C’est pourquoi ils ont décidé d’envoyer Hollande, parce qu’il n’irrite pas Poutine. Et puis c’est aussi le président d’un pays qui compte diplomatiquement. C’est l’homme de la dernière chance.»

«Au fond, ce n’est pas un problème politique, mais un problème psychologique», avance Stanislav Belkovsky. «Poutine veut être considéré comme un grand homme, au moins à égalité avec Obama ou Merkel. La question ne se pose donc plus simplement en termes pragmatiques comme par exemple la levée des sanctions. Ce que veut le président russe, c’est se sentir vainqueur. C’est pourquoi la voie de sortie de cette crise passe par un scénario dans lequel Poutine est psychologiquement récompensé. Car il se sent en permanence humilié du côté occidental».

L’Ukraine n’étant qu’un espace de manœuvres dans un vaste marchandage avec l’Occident, le renoncement à la «Nouvelle Russie» signifie que la compensation devra être trouvée ailleurs. Mais où?

(letemps.ch)

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